Les accords commerciaux : une pilule empoisonnée pour le programme national d'assurance-médicaments

1 octobre, 2015
Communiqué de presse

Health care rally

OTTAWA – Si un doute subsistait encore quant à l'effet de gangrène que provoque la quête du profit au sein du système de santé, il est vite balayé par l'œuvre de Martin Shkreli. En effet, le PDG de Turing Pharmaceuticals a été unanimement condamné par la communauté internationale pour avoir gonflé le prix d'un médicament contre le sida de plus de 5000 %. Il avait déjà été surpris à gonfler le prix d'un médicament pour enfants souffrants d'une maladie rénale de près de 2000 %. Pourquoi a-t-il fait cela? Tout simplement parce que rien ne l'en empêchait.

Il est vrai que le système de santé canadien est protégé contre la mentalité de pionnier qui caractérise nos voisins du Sud. Mais est-il réellement blindé?

Le Canada affiche le taux de croissance des coûts des médicaments par habitant le plus rapide parmi les pays de l'OCDE; il est également le seul pays au monde doté d'un système d'assurance-maladie sans régime national d'assurance-médicaments. Les modifications apportées à la protection des brevets pour les produits pharmaceutiques par les nouveaux accords commerciaux pourraient encore alourdir le fardeau fiscal du système de santé de 850 millions à 1,65 milliard de dollars par année. À environ 900 $ par personne, le coût des médicaments au Canada occupe déjà le second rang parmi les pays de l'OCDE – précédé seulement par les États‑Unis.

« Le Canada a encore du travail à faire au chapitre de ses politiques en matière de produits génériques, mais les accords commerciaux en cours de négociation sont un pas dans la mauvaise direction », note Michael Butler, responsable de la campagne pour la santé auprès du Conseil des Canadiens. « L'Accord économique et commercial global (AECG) permettra notamment aux sociétés pharmaceutiques d'engranger des centaines de millions de dollars en profits supplémentaires tout en augmentant les coûts pour les Canadiens qui ont besoin de ces médicaments. »

L'AECG et le Partenariat transpacifique font partie d'une vague agressive d'accords commerciaux qui mettent en péril le pouvoir des gouvernements canadiens de légiférer pour la santé publique pour éviter de nuire au profit des multinationales. Dans de telles conditions, la probabilité de créer un régime national d'assurance-médicaments apparaît de plus en plus incertaine. Ce régime pourrait être perçu comme une violation directe des « droits » des multinationales, soit à l'opposé de la ligne actuelle en matière de santé qui place le patient au cœur de ses préoccupations.

« L'AECG est une pilule empoisonnée qui pourrait faire dérailler le processus de création d'un régime national d'assurance-médicaments, réduire l'accès aux médicaments et faire obstacle à des améliorations indispensables à nos politiques pharmaceutiques », ajoute M. Butler. « Le moment est venu de regarder au‑delà des arguments économiques pour justifier nos politiques publiques. Les Canadiens veulent des soins de santé abordables, pas un régime monolithique de soins aux multinationales. »

La couverture des médicaments sur ordonnance était la prochaine étape recommandée par la Commission royale d'enquête sur les services de santé en 1964. À ce jour, les études fondées sur des données probantes sont toujours favorables à la création d'un régime national d'assurance-médicaments.

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IMAGE: Nouvelle écosse, Council of Canadians