Les minières canadiennes passent à l'offensive

22 juillet, 2015
Media Release

Protest

OTTAWA – La minière canadienne Gabriel Resources est passée à l'offensive en Roumanie, lasse d'attendre le feu vert pour l'exploitation de 314 tonnes d'or et de 1500 tonnes d'argent dans des mines à ciel ouvert, ce qui entraînerait la destruction de quatre montagnes et de trois villages de la région de Rosia Montana.

D'après l'hebdomadaire Canadian Mining Weekly, la Roumanie refuse d'octroyer le permis environnemental requis.

Le projet fait l'objet de vives critiques de la part des défenseurs de l'environnement et des libertés civiles, qui affirment qu'en plus de détruire d'anciennes galeries romaines, le projet provoquerait une catastrophe écologique. Gabriel Resources ayant déjà investi 550 millions de dollars d'un budget de construction total de 1,5 milliard de dollars, la minière a le droit de poursuivre le gouvernement roumain en vertu des dispositions sur le règlement des différends entre investisseurs et État contenues dans le traité bilatéral signé entre le Canada et la Roumanie.

« Les dispositions sur le règlement des différends entre investisseurs et État sont une boîte de Pandore », note Sujata Dey, responsable de campagne sur le commerce international auprès du Conseil des Canadiens. « Le Canada a déjà beaucoup souffert avec l'ALENA, qui fait de nous la nation la plus poursuivie par les multinationales, et nous souffrirons encore si d'autres traités comportent ces dispositions. Elles octroient un pouvoir démesuré à des multinationales déjà très puissantes aux dépens de l'environnement et des droits de la personne. Il faut aborder les traités commerciaux d'un nouvel angle et il faut le faire maintenant. »

« Les pays ont le droit de déterminer quelles politiques sont requises pour protéger les intérêts de leurs citoyens ainsi que leurs ressources naturelles », s'insurge Maude Barlow, présidente nationale du Conseil des Canadiens. « Le fait que chaque nouvel accord commercial gruge un peu plus cette notion que le précédent – ALENA, AECG, TPP – devrait nous mettre la puce à l'oreille quant à l'urgence de la situation. »

Le Canada continue de faire les frais de ces poursuites commerciales. Récemment, un conseil d'arbitrage a donné raison à Bilcon, une société basée aux États-Unis qui cherchait à exploiter une carrière en Nouvelle-Écosse, en dépit de graves préoccupations environnementales. Elle réclame 300 millions de dollars en dommages. D'après le Centre canadien de politiques alternatives, le Canada est le pays le plus poursuivi en vertu de l'ALENA, les réclamations atteignant déjà plusieurs centaines de millions de dollars.

Il en va autrement de la situation à l'étranger. En effet, pour bon nombre de pays – Mexique, Guatemala, Nicaragua, Colombie, Chili, Pérou, Papouasie-Nouvelle-Guinée –, les minières canadiennes personnifient l'agresseur tant sur le terrain que devant les tribunaux. Une coalition d'intervenants du Canada et d'El Salvador, y compris le Conseil des Canadiens, fait pression sur la minière vancouvéroise Pacific Rim pour qu'elle abandonne sa poursuite de 301 millions de dollars contre le gouvernement salvadorien. Confronté à un stress hydrique et environnemental particulièrement grave, El Salvador a mis un terme à tous les projets miniers pour tenter d'éviter la crise. Toutefois, en vertu des dispositions sur le règlement des différends entre investisseur et État, il y a matière à poursuite.

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IMAGE : Romanian protestors, 2013. Flicker user Swithun Crowe.