Un rapport illustre les risques d’Énergie Est pour l’eau potable de la région de Gatineau-Ottawa

5 octobre, 2016
Communiqué de presse

Un site du patrimoine mondial et une rivière patrimoniale seraient directement touchés par un déversement

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OTTAWA – Un déversement provenant du pipeline Énergie Est pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur les rivières Rideau, Mississippi et des Outaouais, en plus de menacer l’approvisionnement en eau potable de la région. C’est ce que révèle un nouveau rapport réalisé par Savaria Experts-Conseils inc., une firme de génie-conseil indépendante basée à Montréal.

« Le projet de pipeline Énergie Est traverserait 68 lacs et rivières compris dans le bassin hydrographique Rideau et Mississippi, dont les rivières Rideau et Mississippi », note Abdelkader Aiachi, expert géoscientifique en modélisation géochimique et hydrochimique, en surveillance de la qualité de l’eau et en évaluation environnementale et détenteur d’un doctorat en hydrogéologie isotopique. « Un déversement dans une seule de ces rivières aurait des répercussions sur la qualité de l’eau, les écosystèmes aquatiques et les activités récréatives. »

« Un déversement dans la rivière Rideau qui ne serait pas circonscrit dans les 48 heures voyagerait jusqu’au cœur de la ville d’Ottawa avant d’atteindre rapidement l’une des principales sources d’eau potable de Gatineau », ajoute M. Aiachi. « De même, et cela dépend de nombreux facteurs, un déversement dans les eaux de la rivière Mississippi atteindrait les sources d’eau potable de Gatineau et d’Ottawa dans les 60 heures. »

Le rapport passe en revue les différents cas de déversements majeurs survenus en Amérique du Nord et conclut qu’il a fallu en moyenne 16 heures aux intervenants pour fermer les valves. En particulier, il aura fallu 14 heures à Husky Energy pour réagir au récent déversement dans la rivière Saskatchewan Nord. Les difficultés éprouvées par la pétrolière pour circonscrire la fuite et récupérer les 250 000 litres de pétrole lourd ont entraîné la fermeture des prises d’eau potable ainsi que des nappes de pétrole sur plus de 500 kilomètres en aval.

Le rapport cite également le déversement de la rivière Kalamazoo de 2010 pour illustrer à quel point le nettoyage peut être coûteux. Enbridge a payé environ 1 milliard de dollars américains pour un nettoyage qui aura duré un peu plus de cinq ans. Encore aujourd’hui, des traces de pétroles sont emprisonnées dans les sédiments.

« L’heure est venue pour les villes d’Ottawa et de Gatineau de prendre des mesures définitives pour s’opposer au pipeline Énergie Est », affirme Graham Saul, directeur général d’Écologie Ottawa. « Les risques sont beaucoup trop importants et un déversement menacerait directement le canal Rideau, un site du patrimoine mondial, ainsi que la rivière des Outaouais, récemment désignée rivière du patrimoine canadien par la ministre McKenna. »

« Le pipeline Énergie Est passe en plein cœur de la zone de conservation Baxter », ajoute Daniel Cayley‑Daoust, responsable de campagne pour l’énergie et le climat auprès du Conseil des Canadiens. « Un déversement dans ces milieux humides pourrait endommager l’écosystème de manière irréversible. Énergie Est comporte énormément de risques et aucun avantage. »

Savaria Experts-Conseils Inc. est une firme de génie-conseil spécialisée dans les domaines de la caractérisation et la réhabilitation des terrains contaminés ainsi que dans la mise en œuvre de mesures de protection et de conservation des milieux naturels.

Consulter le rapport en entier

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Renseignements :

Dylan Penner, agent des relations avec les médias, Conseil des Canadiens, 613 795‑8685, dpenner@canadians.org


Sommaire des résultats de l’étude de Savaria:

1. Descriptif pour l’oléoduc Énergie Est

  • Longueur: 4500 km
  • Capacité: 174 million de litres de pétrole par jour -- le plus grand projet de transport de produits pétroliers au Canada
  • Traverse la rivière Rideau au nord de Kemptville, près de l’aire de conservation Baxter
  • Traverse la rivière Mississippi au nord de Pakenham
  • Traverse 68 étendues d’eau dans les bassins versants de la rivère Rideau et Mississippi
  • Va transporter 3 types de pétroles: du pétrole brute léger classique, du pétrole brut synthétique et du bitume dilué.

2. Menaces pour l’eau potable d’un déversement d’Énergie Est dans les rivière Rideau et Mississippi

  • Les prises d’eau potable pour Ottawa et Gatineau sont situé à approximativement 52 km en aval de l’endroit où l’oléoduc traverserait la rivière Rideau
    • Selon la modélisation de Savaria, il prendrait environ 48 heures pour que du pétrole déversé dans la rivière se rend au premier point de prise d’eau
  • Les prises d’eau potable pour Ottawa et Gatineau sont situé à approximativement 60 km en aval de l’endroit où l’oléoduc traverse la rivière Mississippi
    • Selon la modélisation de Savaria, il prendrait environ 60 heures pour que du pétrole déversé dans la rivière aille jusqu’au premier point de prise d’eau
  • En comparaison, le déversement dans la rivière Saskatchewan Nord a voyagé au dessus de 500 kilomètres, alors que celui dans la rivière Kalamazoo a voyagé 60km. Une comparaison plus poussée montre également que plus de 70,000 personnes le long de la rivière Saskatchewan Nord furent privé de leur source d’eau potable dans la rivière pour plus d’un mois.
  • Des données issues d’autres déversements catastrophiques nous montrent que ça a pris de 8 heure à 2 semaines pour s’en rendre compte et réagir. Les compagnies s’en rendent souvent compte par confirmation visuelle et non par la détection technologique.
  • L’oléoduc traverse l’aquifère d’Oxford d’où plusieurs propriétaire de puits privés prennent leur eau. L’aquifère est peu profond et vulnérable aux déversements potentiels de pétrole à certains endroits

3. Impacts directs d’un déversement dans une des rivières

  • Impacts sur les écosystèmes aquatiques - ex: mort ou blessure à la faune (oiseaux, poissons, amphibiens, etc.), interruption de certaine parties des cycles de vie aquatiques, affaiblissement ou mort de la flore
  • Interruption ou dérangement des activités récréationnelles - ex: fermetures de plages, nage, canot/kayak/navigation, pêche
  • Perte d’activité économique - ex: baisse de réputation de la ville/sites touristiques, dérangement de certain sites touristiques (ex: canal, places, aires de conservation, sports aquatiques, tours de bateau, etc.)
  • Le pétrole ou le bitume peuvent être étendus le long de la rive - ex: impacts sur la faune et la flore terrestre
  • Le pétrole ou le bitume peuvent être mélangés aux sédiments au fond de la rivière - ex: peuvent modifier les conditions de vie pour la faune/insectes/flore aquatique qui y vit
  • Les coûts de nettoyage ou d’intervention pour un déversement catastrophique peuvent atteindre au-dessus de 1 milliard de dollars

4. Quantité potentielle de pétrole déversé - modélisation pour déversement catastrophique (rupture complète du pipeline)

  • Scénario 1 - les valves sont fermées en dedans de 13 minutes (la promesse de TransCanada): de 2 à 10 million de litres de pétrole déversés
  • Scénario 2- les valves sont fermées en dedans de 120 minutes: de 15 à 23 million de litres de pétrole of oil déversés
  • Ce sont des scénario extrêmement optimistes et prennent pour acquis que les employés sont bien formés et qu’ils ne font pas d’erreur, que l’équipement fonctionne parfaitement. Dans d’autres cas de déversement catastrophique, le temps de réaction pour fermer les valves étaient beaucoup plus élevé que 120 minutes.
  • Parce que c’est un très grand oléoduc, même dans des scénarios optimistes, la quantité de pétrole déversé sera élevée
  • Dépendant du placement des valves, plus ou moins de pétrole sera déversé

5. La menace à l’eau de la région

  • Un déversement dans la rivière Mississippi rejoindrait la rivière des Outaouais après environ 14 heures et après avoir parcouru 14 km
  • L’oléoduc traverse plusieurs milieux humides dont l’Aire de conservation Baxter (aire de 80 hectares) -- Un déversement pourrait causer des dommage irréversibles sur l’écosystème et pourrait coûter jusqu’à 250,000$ par hectare à nettoyer, habituellement en remplaçant le milieu humide.

6. Étude de cas #1 - Le déversement de Husky Energy dans la rivière Saskatchewan Nord (Juillet 2016)

  • Environ 250,000 litres de pétrole déversé
  • 14 heures se sont écoulés avant que la compagnie ait alerté le gouvernement et éteint ses valves
  • Le pétrole a parcouru plus de 500 km en aval

7. Étude de cas #2 - Le déversement de la Ligne 6b d’Enbridge dans la rivière Kalamazoo, Michigan (Juillet 2010)

  • Environ 3.3 million de litres de pétrole déversé
  • La compagnie a éteint ses valves après qu’un travailleur ait alerté la compagnie du déversement 17 heure après les premières alarmes
  • Le pétrole a parcouru environ 60 kilomètres en aval
  • Il a coût à Enbridge plus de 1,2 milliard de dollars pour le nettoyage

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